• La nuit du dragon

    Il y a eu d'abord un grand vide.Une béance de silence installé sur la lande.Comme une respiration retenue,avec un immense blanc au bout.
    C'est ça qui nous a inquiétés,ce manquement à la vie ordinaire,ce tic-tac familier qui fait chanter les arbres et bruire les oiseaux.
    C'est comme un désespoir qui courait sur la terre.
    Plus qu'un désespoir,une nuit d'ombres,sale et encreuse,déjà partie en guerre.
    Et puis,un premier pas,lourd,puissant...dans le lointain.
    La mer pleure en cadence,enfle,s'époumone,expulse ses douleurs.Dans tout ce noir de nuit,j'entends son coeur qui bat.Un tambour qui martèle le silence,une pulsation qui s'amplifie jusqu'à l'extrême!
    C'est alors que le dragon a surgi des profondeurs,chaotique d'abord,espaçant ses crachats d'écume et de rage.Il avait mal,il criait,tempêtait,cognait,hurlait son désespoir.
    Les chevaux galopaient sur les toits dans un bruit de fracas,la forêt entière gémissait,les craquements des pins se sont mêlés en une ultime agonie dans la violence de ces vents.La litanie funèbre a continué.
    Ne pas bouger.Ecouter battre son coeur,plus vite,plus fort.
    Et son coeur à elle,en train d'exploser,de hurler ses meurtrissures,son déracinement,sa mort inéluctable.
    La nuit sanglote sur la terre.Ils vont mourir bientôt.
    Ils le savaient tantôt quand ils se sont tus,dans cet espace-temps aménagé en un recueillement des instants.
    Le dragon a puni les hommes volages.Il vient de suspendre leurs respirations.Il a montré sa rébellion,sa puissance incommensurable.

    Nous,petits d'hommes,pleurerons demain sur nos excès,nos faiblesses,notre désamour de la Terre.

    Texte écrit pour "Les parchemins de Bigornette "


    De tout coeur je vous remercie pour tous vos messages de soutien qui m'ont apporté l'espoir du renouveau, même si la peine demeure devant nos forêts massacrées.
    Comme les oiseaux du voyage,je reste dans l'attente des jours meilleurs !
    balaline


  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Février 2009 à 18:26
    Dieu fasse que la forêt repousse et que le dragon n'ait pas à venir nous punir de notre inconscience...

    Ton texte est magnifique.
    2
    Dimanche 8 Février 2009 à 18:33
    Magnifique texte qui nous fait vivre la tempête de l'intérieur...Maintenant, "prtitsd'hommes" , il faut se donner la main et reconstruire!

    (Merci Balaline)
    3
    ktl
    Dimanche 8 Février 2009 à 19:48
    magnifique ton texte , retroussons nos manches....Bisous :dame de choeur
    4
    Dimanche 8 Février 2009 à 21:05
    Le monde est en train de prendre conscience que la Nature doit être respectée, c'est une question de survie ... Il est encore temps d'agir pour préserver le futur, et assurer à nos petits-enfants des lendemains qui chantent ... Chaque geste est important !
    5
    Dimanche 8 Février 2009 à 21:35
    Un drame...et si bien dit! On ferme les yeux, on entend...on sait ! Beau, beau texte! et que les hommes et les arbres se redressent!...
    6
    Dimanche 8 Février 2009 à 21:44

    Magnifique métaphore Balaline pour ce drame...je t'espère un bon moral malgré tout ! j'étais absent ce week end et n'ai pas pu te répondre de suite ! Bises

    7
    Dimanche 8 Février 2009 à 22:10
    Magnifique texte pour parler d'un épisode douloureux et dont la terre aura du mal à se remettre. Le dragon a soufflé la peur et la destruction. Espérons qu'il ne reviendra pas de sitôt et que l'homme un jour sera sage et respectueux de la nature... Bravo pour cette belle écriture Balaline.
    8
    Lundi 9 Février 2009 à 12:12
    Les souvenirs du dragon

    Ces sentiers trop fréquentés qui blessent la terre, chemins du désir et de la peur, et cette foule immense qui voudrait renaître... fatiguée, l'âme du monde s'appuie un instant sur ces êtres stupéfaits, le soleil est bas, rouge, puissant, plein de tendresse, trois grandes oies passent lentement.

    Nous sommes arrivés ce matin et le sol et les pierres anciennes, ces grandes plaines desséchées, ce vaste monde merveilleux, et les nuages éternels qui renaissent à chaque instant de ces âges fabuleux.

    Le cœur bouillonne de bonheur, l'impossible s'élève paisible en fumée, l'odeur de la mousse et de la pluie, la résine qui colle à la peau.
    La flamme souple brûle, longue, haute, toujours, un peu de poussière retombe lentement.

    Et maintenant, les cercles des mondes se brisent et les horizons se chevauchent, et les êtres se taisent de terreur car c'est le temps de la métamorphose, aujourd'hui la terre s'enivre de colère et détruits ses enfants.
    Il y a d'immenses troupeaux en feu qui courent entre les galaxies et... oh mon dieu, ils sont en nous, nous sommes dans la poussière des soleils qui meurent et renaissent, l'éclat d'un instant, sur le dos de l'immense, nous avançons dans l'inconnu. Nous sommes sur la peau du monde et au dessus de nous scintillent les étoiles incroyables.

    Le sentier est petit, on passe seul, Il semble qu'au delà il n'y ait plus de chemin. Vois, autour de nous se déploient d'autres terres, des plaines sans fin.
    Les cendres, la chaleur, encore marcher sur les herbes sèches et respirer l'odeur des terres sombres, l'enivrante tendresse du soleil et puis l'écume du bonheur.

    Regardes, regardes dans ma main ces trois grains, ce sont les mêmes. La main se pose sur le mur, dans la fissure des petits cailloux se sont rencontrés autour d'une goutte de rosée.
    Sur le sol, des heures fanées dans la poussière, on marche sur les ombres et ils ne le savent pas, oh dieux, ils ne le savent même pas, ces enfants insouciants, qu'ils ne jouent déjà plus...
    9
    Lundi 9 Février 2009 à 21:26
    Le vent vient de se lever, le dragon est encore en colère, il dit la douleur de la terre mais je crois que nul ne l'entend ! nous allons rester le coeur en alerte et attendre que passent les heures sombres de cette nuit ; j'espère que la tienne sera protégée !
    10
    Lundi 9 Février 2009 à 21:29
    On a commencé..... mais ce soir , le dragon revient crier son mécontentement, peut-être même une autre fureur; il ne nous reste plus que l'attente et l'espoir !
    11
    Lundi 9 Février 2009 à 21:32
    C'est vraiment angoissant d'entendre les premiers grondements qui arrivent du lointain , la dernière colère est encore trop proche ! merci Dame de coeur de ta venue.
    12
    Lundi 9 Février 2009 à 21:35
    Malgré la bonne volonté et tous les efforts de beaucoup, je crains qu'il ne soit bien trop tard; chaque jour apporte hélas, son lot de sinistres, d'un bout à l'autre du monde !
    13
    Lundi 9 Février 2009 à 21:37
    Pauvres arbres qui vont sans doute achever de mourir ce soir puisque la terre est encore très en colère !
    14
    Lundi 9 Février 2009 à 21:39
    J'espérais.....mais ce soir semble apporter le contraire; que faire sinon espérer que la tempête sera moindre et que les hommes se sont trompés ! bises à toi
    15
    Lundi 9 Février 2009 à 21:44
    Et il revient déjà ! j'entends les grondements qui arrivent sur l'océan et bientôt il sera là ;pourtant il y a un magnifique clair de lune qui semble narguer tout cela ! j'espère que ta nuit sera calme et sereine.
    16
    Lundi 9 Février 2009 à 21:59

    Oui,c'est bien vrai que " la terre s'enivre de colère et détruit ses enfants ", témoins tous ces cataclysmes qui secouent le monde jour après jour , enrayant souvent pour toujours de nombreuses espèces animales et végétales. Nous sommes dans l'espérance d'un miracle qui ne viendra pas,pourtant nous faisons semblant d'y croire !

    Merci à Bigornette qui m'a permis cette belle rencontre et merci à toi pour ce très beau texte déposé ici, en commentaire.

    17
    Lundi 9 Février 2009 à 22:19
    Ton texte est superbe. La tempête c'est le dragon qui est là pour rappeler que la nature peut être terrible et ramener les humains à l'humilité. Amicalement, Jeanne
    18
    ABC
    Mardi 10 Février 2009 à 10:14
    L'oiseau se remettra à chanter, dès les premières pousses tendres !
    19
    Mardi 10 Février 2009 à 11:50
    j'avais déjà lu ton texte chez Bigornette et il m'avait profondément émue, une belle parabole à méditer sans cesse sur l'inconscience des hommes qui ne sont pas fichus de voir plus loin que les résultats trimestriels de leurs actions bousières, (beau lapsus, je le laisse!), remarquablement bien écrite aussi!
    bises je pense bien à toi
    20
    Mardi 10 Février 2009 à 12:52
    Texte poignant que je découvre à l'instant et qui ne me laisse pas sans émotion, la colère du Dragon tu l'as parfaitement décrite ici balaline...
    21
    Jeudi 12 Février 2009 à 17:55
    Mon coeur a été anonymement avec vous, gens de l'Ouest de notre pays, tu leur donnes un visage par ce beau texte
    Je comprends ton déchirement
    Je t'embrasse
    22
    Jeudi 12 Février 2009 à 21:19
    Merci Jeanne; la tempête fût tout  à fait ça,un dragon dans toute sa fureur, c'est ainsi que je l'imagine ! mais le dragon de Didier Fleurantin est de loin beaucoup plus paisible et sympathique. belle soirée à toi, balaline.
    23
    Jeudi 12 Février 2009 à 21:20
    Ils n'ont plus de branches où se poser mais ils chantent encore, peut-être pour conjurer le mauvais sort !
    24
    Jeudi 12 Février 2009 à 21:24
    Super ton lapsus, en plus c'est vraiment de bouse qu'il s'agit !
    Ce texte m'a permis de "sortir " un peu cette nuit d'horreur et ces visions qui hélas perdurent à chaque instant ; bises et belle soirée
    25
    Jeudi 12 Février 2009 à 21:27
    Je crois qu'il a été encore pire que ça, puisqu'il nous laisse des meurtrissures pour des jours et des jours ! merci Joëlle d'être venue.
    26
    Jeudi 12 Février 2009 à 21:57
    Bonsoir Juliette, comme tu le dis c'est un déchirement, une blessure béante qui s'étale chaque jour sous nos yeux ! merci d'être venue, belle soirée.
    27
    fab
    Dimanche 15 Février 2009 à 09:27
    un magnifique texte big bisous
    28
    Mardi 24 Février 2009 à 08:05
    Ce texte est particulièrement édifiant, et vous prend à coeur ... Je viens de le citer sur mon blog, en y mettant un lien pour que ceux qui passent chez moi puissent le lire aussi ... Merci Balaline pour toutes ces émotions que tu nous fais partager.
    29
    Gi
    Mardi 24 Février 2009 à 10:16
    Quel texte magnifique ! Ton observation vient des "tripes". Habitant sur les falaises en Normandie, j'ai souvent partagé ces mêmes sentiments.
    30
    Lundi 24 Janvier 2011 à 18:52

    Je viens de chez Marie Luce pour lire ce texte très fort et passionné. Je vous suggère cette suite sonorisé qui traite ce sujet faite pas mon président de club photos "Alerte Rouge "

    http://www.youtube.com/watch?v=v-5LiJHq2n8

    31
    Mardi 24 Janvier 2012 à 16:18

    Chez nous aussi les arbres furent massacrés et les traces sont bien visibles, il a fallu tout abattre, tout était brisé, tombé, éclaté, comme après un bombardement... On ne peut qu'espérer qu'avec le temps, mais...

    32
    Vendredi 3 Mars 2017 à 17:59

    Bonsoir Balaline,

    Je suis envoyée par Marie-Luce qui a mis votre superbe et poignant article en commentaire sur mon blog. Un écho qui me ravit car on n'oublie jamais, on fait avec...

    Mes félicitations pour la qualité de votre écriture et mes amitiés.

    Annie

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